La chronique de J-One
Mes ami.e.s, il semblerait que Petit Macaque ait bu l’eau de sa bouche, comme on dit ici. Oui, je sais, je m’absente souvent pour revenir quelques temps après. Oui, je sais aussi que je fais preuve de trop de prudence alors qu’un chef a déjà annoncé la nouvelle. Eh bien, figurez-vous que les romains ont aussi annoncé la mort du crucifié et que celui-ci est ressuscité quelques jours plus tard. Bon après, la mort de Petit Macaque est une bonne nouvelle qui arrive comme une goutte d’eau dans l’océan de nos mauvaises nouvelles. Honnêtement, après tant de souffrances infligées aux familles, après tant d’atrocités commises, je ne pense pas que c’est la fin que j’aurais souhaitée pour lui. C’est trop facile. Juste mourir ainsi, sans avoir à répondre de ses crimes, sans avoir identifié ses complices, ceux-là qui tirent les ficelles, qui l’approvisionnent. Et puis mes ami.e.s, les vraies questions: est-ce que les zones occupées par Petit Macaque sont à présent de nouveaux territoires récupérés ? Va-t-on assister à une trêve jusqu’à l’émergence ou la désignation d’un nouveau chef? S’il y a une chose que ce bon vieux Dyepalòm m’ait appris, c’est: “Dans ce pays, il ne faut jamais se presser quand il s’agit de faire des prédictions, car ici c’est la terre du tout est possible.”
Entre-temps, les balles ont plu sur les hauteurs de Port-au-Prince hier soir et pendant la journée. De nouvelles forteresses qu’on croyait jusqu’ici imprenables ont été attaquées. Ceux-là qui croyaient qu’ils étaient de tout repos ont enfin fait face à la réalité. Le bateau coule, tous les passagers sont en danger. Au moins, encore au milieu de toutes ces turbulences, une nouvelle a fait la joie de plusieurs. En temps normal, on ne saurait festoyer devant ces images. Des hommes en flammes dans la capitale. Ah… J’ai même vu une zigounette arrachée à son propriétaire. Mais à force d’être victime, nous avons perdu le peu d’humanité qui restait en nous. La belle amour humaine, ce n’est pas pour maintenant.
Comme les malheurs ne viennent jamais seuls, à Cité-Soleil, le soleil ne s’est pas levé pendant plusieurs jours. Les balles l’ont chassé. A Cabaret, les autorités ne sont en mesure ni de repousser le nouvel assaut des bandits ni de fournir un bilan des attaques. Le bruit court que des personnes tentant de fuir la zone par voie maritime ont péri, parmi eux des bébés. Leur seul mal? Être nés dans un pays où, ceux et celles qui prennent en otage l’État et qui se disent chef.fe.s, se contentent seulement de compter les territoires perdus. Dans les rues de la capitale, comme dans les grandes villes de province, les écoliers exigent la présence des enseignants dans les classes. Enième grève des enseignants. C’est devenu maintenant un évènement du calendrier scolaire haïtien, chaque année à la même époque les enseignants grèvent et ceci pour les mêmes raisons.
Au milieu de toutes ces têtes chargées, nos pseudos chef.fe.s se terrent et se taisent. Epidémie d’amygdalite gouvernementale, peut-être. Seul le HCT trouve un moyen très singulier de se faire remarquer. Petite correspondance de la présidente au Monseigneur pour lui dire qu’elle l’a compris. Je vous ai compris Monseigneur. C’est ce qu’elle dit, mais en réalité elle ne semble comprendre rien dans rien. Alors qu’on est en panne de solution pour retrouver ne serait-ce qu’une paix minimale, on parle d’élection. On annonce la formation de CEP. Comme si les élections étaient une panacée. En tout cas, l’avenir nous dira le reste, comme il nous l’a dit pour ce beau CQR et ces anciens futurs millionnaires.
La nuit tombe enfin sur le pays. Les membres de la population regagnent leur domicile en chat de peintre. S'ils arrivent à dormir, ce sera un oeil ouvert, un autre fermé. Ils restent aux aguets, on ne sait pas quand viendra la contre-attaque. On n'est jamais à l'abri d'un kouri. Dans certains quartiers, les brigades de vigilance reprennent du service. Ce soir, il n’y a pas d’électricité, comme les soirs d’avant d’ailleurs. Le son des balles résonne, la peur est palpable, le danger est imminent. Nous mourrons tous, de peur ou de balles, ce sont les seules issues possibles pour le moment. Le bout du tunnel, s’il existe, est encore bien loin.
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